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Prévenir l’intimidation

L’intimidation est un phénomène lourd dans nos cours d’école qui se transpose par la suite sur le milieu du travail. En effet, le gouvernement du Québec a adopté une loi obligeant les écoles et les commissions scolaires à se doter d’un plan de lutte à l’intimidation incluant des mesures de prévention auprès des élèves. Nous proposons des signes et gestes à observer, son impact sur la victime et comment agir comme communauté.

Intimidation

Forme de violence sociale surtout observée en milieu scolaire, caractérisée par la domination d’un individu sur un autre au moyen d’actes répétés d’agression verbale, physique ou psychologique à son endroit.
– Office québécois de la langue française, 2011

Les effets possibles de l’intimidation

  • L’enfant perd un peu de son estime de soi
  • Il développe une obsession en regard de ses agresseurs
  • Il peut se replier sur lui-même, souffrir d’anxiété ou de dépression, s’automutiler ou avoir des idées suicidaires
  • Il peut vouloir se venger et poser des gestes violents : le cycle grandit d’un agresseur

L’intimidation sous d’autres formes

Nous connaissons les gestes explicites comme l’insulte et les coups physiques mais l’intimidation débute parfois sans le remarquer. Voici les comportements plus subtils et parfois banalisés :

  • Gestes primaires ou légers
    • Regarder de travers ou avec un sourire moqueur
    • Révéler un secret ou menacer de le faire
    • Menacer de rejet : « fais ceci, sinon tu n’es plus mon ami »
  • Gestes modérés
    • Exclure du groupe et inciter les autres à exclure : « Si tu parles à Noémie, tu n’es plus dans notre gang »
    • Raconter des ragots sur une personne
    • Cacher ou briser les choses de quelqu’un « pour rire »

Un exemple plus concret avec le lunch de Carl

Carl, 10 ans, fréquente le service de garde de son école. Pratiquement tous les jours, au moment du dîner, il cherche sa boîte à lunch sous le regard et les rires des élèves de sa classe. De plus, s’il la retrouve, son contenu a disparu ou est écrasé.

Parfois banalisé, Mathieu est une tapette
Dans une école secondaire, l’initiation dans un groupe de sportifs consiste à agresser physiquement Mathieu, à qui l’on prête des manières efféminées. Le groupe lance des encouragements en criant : « Si tu n’es pas une tapette, fais saigner la tapette ». Le groupe attaque le sentiment d’appartenance avec des clichés.

La composante qui revient souvent, à l’image du crime organisé, est la menace de représailles si la victime ou un témoin parle.

L’effet de mode chez les jeunes

Les nombreux programmes de sensibilisation sur l’intimidation ont aussi eu pour effet de faire augmenter de façon fulgurante le nombre de « dénonciations » chez les enfants. Le bon côté, c’et que les jeunes reconnaissent mieux l’intimidation et la tolèrent moins. Ils vont chercher de l’aide. La difficulté de bien distinguer la situation, l’enfant peut se sentir rapidement persécuté et réclamer de l’aide de l’adulte un peu comme dans l’histoire de Pierre et le loup. Le rôle de l’enseignant ou responsable du service de garde est de bien accompagner l’enfant et l’orienter pour mieux juger s’il est une victime ou est-ce un geste pour s’amuser avec lui et non contre lui.

Un ballon : source d’apprentissage
Je suis le surveillant de la cours d’école. Juliette, 8 ans, vient me voir en pleurnichant. « Madame! Charles m’a pris mon ballon et il s’est sauvé en riant ». Je demande alors à Juliette comment elle a réagi et ce qu’elle a dit à Charles pour récupérer son bien. « Je ne lui ai rien dit, je suis venue vous le dire. Il faut aller le dire à un adulte quand les autres font de l’intimidation ». J’ai pris le temps de discuter avec elle pour savoir si Charles voulait intimider. Je l’ai encouragé à aller voir Charles pour réclamer son ballon. De loin, je vois que Charles lui a redonné son ballon et qu’il vient me voir. « Madame Nancy, dit-il, je ne voulait pas être méchant! Je voulais juste lui voler son ballon pour qu’elle coure après moi…J’aurais trouvé ça drôle! ».

Qui sont les intimidateurs

Rappelons ici qu’il existe une différence énorme entre un enfant qui utilise une forme de violence de façon circonstantielle, lors d’un conflit, et un réel intimidateur qui s’en prend de façon régulière aux mêmes enfants qu’il juge plus vulnérables. Une jeune Clara qui crie des insultes à Jeanne n’est pas intimidatrice, mais une enfant en colère qui gère mal le conflit. La limite vient si le geste est récurrent, qu’il souligne le désarroi de Jeanne et encourage le groupe à en faire de même pour favoriser son rejet.

Voici des caractéristiques souvent rencontrées chez l’intimidateur :

  • Faible estime de soi ou image négative de soi
  • Agressivité ou trouble du comportement
  • Tendance à se percevoir ou à percevoir les autres comme des victimes
  • Recherche d’attention et de popularité
  • Propension à accumuler une charge émotive importante qu’il « évacue » sur les autres
  • Faible empathie et l’intérêt pour l’exercice d’un certain pouvoir sur les autres

Parfois il ne le sait pas

Le jeune intimidateur n’est pas toujours conscient qu’il est un agresseur. Cet enfant intimide :

  • pour s’amuser, rigoler et de passer le temps. Se moquer devient alors un jeu. Le jeune n’est pas sensible envers l’autre, n’est centré que sur son plaisir;
  • pour faire rire les autres et avoir un sentiment d’être populaire;
  • pour « se défendre ». Il croit alors attaquer un adversaire, retourner à l’autre la monnaie de sa pièce. Une jeune peut se dire : « elle est désagréable avec moi depuis un bon moment, je dois donc réagir, sinon elle va recommencer », « C’est mon ennemie, c’est normal que je ne sois pas gentil avec elle »;
  • pour se donner des airs de « dur » et éviter d’être lui-même une cible.

En surface, on voit que le visage est très large et peut prendre sa source dans une réaction jugée légitime pour ne pas être une victime ou en réaction à une situation d’intimidation naissante. Le jeune croit pouvoir se défendre ainsi mais il participe au cercle vicieux de l’intimidation. Vous remarquez qu’une part vient du besoin d’être accepté par ses pairs et de l’éducation qui promeut l’agression comme défense. La loi du Talion est un bon exemple avec « Oeil pour oeil, dent pour dent ». Il y a aussi l’autre extrême qui suggère de dénoncer systématiquement, bonne initiative qui peut devenir perverse.

Savoir distinguer le vrai du faux

Nancy Doyon, auteur de Prévenir l’intimidation, souligne que l’inconvénient de la sensibilisation est la surdéclaration des événements d’intimidation. Elle indique qu’il est souhaité que tout soit identifié que de laisser un enfant emprisonné dans l’agression. Dans la psychologie de l’enfant et l’adolescent, le sentiment d’appartenance et l’identification à ses pairs sont importants et ils adoptent vite les mêmes comportements que leurs pairs. Il suffit qu’un enfant adopte un langage vulgaire ou particulier pour que toute la classe, voire une école, se mette à utiliser le même type de langage, et ce, malgré les réprimandes. Les deux écueils, imiter l’intimidation et se plaindre au moindre geste désagréable, sont possibles et la sensibilisation demande un certain suivi avec le groupe participant à une conférence ou une activité d’information de l’enseignant.